Pourquoi une tenue difficile de la neige en plaine ?

L’influence océanique : la principale responsable.

Comme illustré sur le schéma ci-contre, voici ce qu’il se passe lors de la mise en place d’une perturbation neigeuse classique :

  • De l’air froid, modérément humide, arrive par le nord-ouest. À l’origine, il fait suffisamment froid jusqu’au sol et la neige peut tomber sans difficulté jusqu’à 0 m d’altitude.

 

  • Ces précipitations approchent des côtes françaises. Problème : l’océan, encore relativement « doux » en début d’hiver, affiche des températures souvent comprises entre 8 et 12 °C, parfois davantage, alors que l’air est bien plus froid.

 

  • Au contact de cette eau plus chaude, les basses couches de l’air se réchauffent légèrement. Ce réchauffement concerne principalement les premiers centaines de mètres (par exemple de 0 à 300 ou 400 m d’altitude).

 

  • Lorsque la perturbation progresse vers l’intérieur des terres, notamment vers le Grand Est, cet air légèrement radouci dans les basses couches n’a pas toujours le temps de se refroidir à nouveau. Il glisse près du sol, maintenant des températures légèrement positives.

 

Résultat : il fait souvent entre 1 et 3 °C à Metz, Reims ou Nancy, et les précipitations tombent sous forme de pluie-neige, voire de pluie simple.

En revanche, dès que l’on prend un peu d’altitude, on retrouve l’air froid d’origine, moins influencé par l’océan. La neige peut alors tomber librement et s’accumuler dès 500 à 600 m en moyenne.

Cela explique pourquoi il neige nettement plus dans les Vosges que dans les plaines voisines.

Cliquez sur le schéma pour agrandir.

Et lorsque la masse d’air est plus froide ?

Lorsque l’air d’origine est encore plus froid, le contraste thermique devient plus marqué.

Dans ce cas, une simple butte située vers 300m peut accumuler plusieurs centimètres de neige, tandis que la vallée voisine reste sans tenue au sol.

Quelques dizaines de mètres d’altitude peuvent donc parfois faire toute la différence.

Neige en plaine en Lorraine en Janvier 2021.

Pourquoi les prévisions sont-elles si délicates ? 

Dans l’ouest de la France ou vers la région parisienne, la situation est souvent plus simple, l’influence océanique domine largement.

Si les basses couches restent trop douces, il ne neige pas, ce qui explique la rareté des épisodes durables dans ces régions.

Dans le Grand Est, la situation est plus complexe, notamment en Alsace et en Lorraine :

  • l’altitude moyenne y est plus élevée (souvent 180 à 300 m en plaine, avec de nombreux plateaux proches de 400 m),

 

  • la continentalité est plus marquée : l’air froid peut mieux résister à l’arrivée d’une perturbation.

 

Selon la résistance de cet air froid en basses couches, l’épisode neigeux pourra être important… ou totalement compromis.

Photo illustration de Soazic Leroy sur Unsplash.

Tout est une question d’équilibre.

L’enjeu des prévisions consiste donc à déterminer :

  • si les basses couches resteront suffisamment froides,

  • à quelle altitude la neige pourra tenir,

  • et combien de temps l’air froid résistera.